Les soins palliatifs sont-ils encore un humanisme? Télécharger la présentation ici
Pierre Moulin, maitre de conférences en psychosociologie de la santé à l’Université de Lorraine-
Metz, chercheur au CREM (Centre de recherche sur les médiations) et chercheur associé à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale)

Description

Le mouvement palliatif français a émergé au début des années 1980 en partant d’une révolte éthique dénonçant les conditions de fin de vie jugées indignes réservées à nos concitoyens en fin de vie, en contestant ainsi la biomédecine dans ses dérives instrumentales (obstination déraisonnable, non-contrôle des symptômes, abandon thérapeutique ou euthanasie) et porté par la volonté explicite de changer l’attitude de la médecine et de la société tout entière face à la mort, au mourir et au deuil.

Trente ans plus tard, le mouvement palliatif s’est normalisé et institutionnalisé, en réussissant à s’imposer dans le paysage sanitaire français comme un acteur sanitaire reconnu tant par la biomédecine que par les pouvoirs publics français. Mais, cette institutionnalisation s’est aussi faite au prix d’une médicalisation (alignement des soins sur la médecine, désubjectivation, professionnalisation et technicisation accrues des pratiques de soins et d’accompagnement) et d’une bureaucratisation du mouvement palliatif, perdant ainsi l’effervescence innovante et  l’audace subversive de ses débuts.

Dès lors, les soins palliatifs n’auraient-ils pas renié au fil du temps leurs idéaux humanistes originels en voulant incarner une spécialité médicale légitime qui se retrouve aujourd’hui prise en étau entre normativités technoscientifiques et pressions financières? Peuvent-ils incarner une solution de rechange crédible face à la lame de fond de l’euthanasie et du suicide médicalement assisté?

Ces questions méritent d’être posées et réfléchies collectivement.

Article à consulter: Éric Gagnon, Pierre Moulin et Béatrice Eysermann “Ce qu’accompagner veut dire.” Reflets 171 (2011): 90–111.